13/07/2016

L'angoisse de la solitude

J'ai toujours eu du mal à jeter les choses, à marquer un point final. Vous aussi peut-être avez déjà ressenti ce sentiment, en rangeant votre bureau après de longues années de négligemment, d'être incapable de trier vos vieilles affaires. C'est une sorte de satisfaction de savoir qu'on est entouré de choses, même si elles ne nous font plus vibrer comme avant.

Dès fois, je ressens un peu la même chose vis-à-vis des gens. J'ai souvent tendance à laisser traîner les relations. Je pense aux souvenirs ensemble, à tout ce que j'ai pu confier et je ne me demande même plus si la relation produit du bon ou du mauvais.

En vérité, j'ai peu de relations proches avec les gens. J'ai souvent changé d'endroit, d'établissement scolaire et j'ai pas eu le temps de construire des relations de longue dates. Quand on est jeune, j'ai l'impression qu'on est censé avoir plus de contacts, de connaissances que d'amis, qu'on doit avoir une sorte de cercle autour de nous. Pour ma part, j'ai du mal à avoir des relations légères, je m'attache vite et fort aux gens. C'est d'ailleurs pour cela que pour quelqu'un de mon âge, je "sors peu". Je ne vois pas souvent du monde, mais quand je suis entourée c'est fort, c'est intime. Ces personnes, rares et précieuses pour moi, je les retrouve comme des cadeaux. J'ai l'impression que par mon hyper disponibilité, je me dois de les honorer et de faire tout pour que nos moments ensembles soient les meilleurs, qui à enfouir mes tracas et oublier leurs défauts. J'ai peur de les perdre, peur d'être seule alors je ne dis pas ce qui fâche, ou bien, pire, je ne m'en rends pas compte tellement je suis euphorique. 

Il y a trois mois, j'ai coupé les ponts avec quelqu'un et c'est rare que je le fasse. C'était quelqu'un dont j'avais été assez proche. Il y a avait eu une ambiguïté entre nous qui a cessé mais nous avions continué à échanger, se donner nos nouvelles, nous confier. Je l'ai revu en début d'année et il savait que j'étais toujours seule, que sortant peu j'avais peu de chance d'avoir rencontré quelqu'un entre temps. De ce fait, il s'est permis de me dire qu'il avait envie de coucher avec moi, que j'étais "vulnérable comme les autres", comme si j'étais un jouet resté à sa disposition depuis plus d'un an. Il m'a dit qu'il m'avait manipulée il y a plusieurs années, qu'il s'en voulait, tout en continuant à le faire par le biais de ses excuses. Et ça, je l'ai compris en parlant à quelqu'un de l'extérieur qui m'a dit que c'était affreux de me dire des choses pareilles. Et là, j'ai compris que je ne pouvais pas arranger le problème, que je devais mettre un point final et radical. Je rêvais de le faire depuis longtemps mais je n'osais pas parce c'était le premier garçon qui faisait mine de s'intéresser à moi et j'avais l'impression que ça n'arriverait plus jamais. Je me mentais à moi-même et mentait aux autres en leur disant que quelqu'un s'intéressait à moi, que j'allais bien.

Ce que je tire de cette histoire, c'est que je ne veux plus me mentir à moi-même et mentir aux autres. Je veux dire les choses aux gens, être vraie avec eux. J'ai compris que les relations ça s'entretenait, qu'il fallait parler avant que les mauvaises herbes nous dévastent et nous encerclent. Et aussi que les relations étaient plus fortes, plus riches quand on se dit les choses, quand on sort nos tripes.
Mais aussi qu'il valait parfois mieux que je cultive mon jardin moi-même plutôt que de laisser quelqu'un en faire un terrain vague. Ce que j'ai compris aussi, c'est que ça "craint" pas d'être seule, mais que c'est une force. J'ai le sentiment que plus chez les filles que chez les garçons, c'est devenu une sorte de convention sociale d'être accompagnée pour tout et n'importe quoi. Mais je sais que la seule personne qui peut me donner confiance en moi, de la force c'est moi et toute l'attention extérieure ne m'en donne que l'illusion.

Il y a une autre expérience il y a peu qui m'a marquée. J'ai été invitée à la remise de prix d'un concours photo auquel j'avais participé. C'était une sorte de soirée dans un bar/club à Paris où il y allait avoir tout un tas de gens que je ne connaissais pas et la première pensée que j'ai eu c'était "il faut que j'y aille avec quelqu'un". J'ai alors proposé à quelques amies qui m'ont défilé, puis j'ai posé un statut sur mon mur sans aucune réponse. J'hésitais à ne pas y aller mais au dernier moment, je me suis habillée, maquillée je suis sortie, j'avais une date avec moi-même. Au début de la soirée, je suis restée un peu seule, je trépignais en attendant les résultats puis, je suis restée et je suis allée parler timidement à deux filles qui étaient là. On a parlé pendant peut-être vingt minutes de photographie, d'argentique, de ce qu'elles aimaient puis elles ont rejoint leurs collègues et je suis rentrée chez moi.

Photo prise à cette soirée
C'est bête mais j'étais tellement contente d'être sortie seule et d'avoir réussi à parler à des inconnus pendant plus de dix minutes sans me sentir illégitime de le faire. J'avais comme une énergie positive qui se propageait dans tout mon corps et qui me disait "You go, girl". Et là, j'ai compris que j'étais capable, que j'avais pas de honte à être seule à cette soirée et que ça ne faisait pas de moi quelqu'un d'associable.

Alors, s'il te plait, toi qui me lis et qui te sens peut-être seul(e), comprends que tu vaux autant que toute autre personne sur Terre et que ton nombre d'amis n'estime pas ta richesse intérieure. Qu'il vaut mieux être seul que d'entretenir des relations toxiques. Qu'il faut célébrer qui tu es

13/06/2016

Femme

Aujourd'hui j'avais envie de vous partager un texte que j'ai écrit il y a deux mois pour Jeanne Ménétrier, jeune photographe qui s'est lancée dans un projet sur les genres humains. Pour ce projet, elle établit un travail personnel avec chaque modèle en lui posant deux questions et oriente son travail selon les réponses de chacun : Qu'est-ce que la féminité/masculinité pour toi? Comment vis-tu le fait d'être femme/homme aujourd'hui? Je vous invite à aller jeter un oeil à son projet ici

Voici ce que j'ai écrit. 

"Qu'est-ce que la féminité? Comment vis-tu le fait d'être une femme aujourd'hui?"

Etant jeune j’ai eu le sentiment qu’on me répétait beaucoup « être femme c’est être… » ou « être femme c’est faire… ». En tant que jeune fille en quête d’identité, je suis passée dans une phase où j’essayais de répondre à ces schémas pré mâchés que j’acceptais, sans me demander pourquoi ils s’imposaient à moi. J’en ai beaucoup souffert parce que je me rendais compte petit à petit que je n’y correspondais pas. J’ai alors vu d’autres tendances un peu en réponses à ces clichés qui s’énonçaient comme « être femme c’est ne pas être… c’est être… ». Au début, je me disais que c’était une belle initiative, qu’il fallait répondre, se battre contre ces premiers clichés très présents dans les médias comme quoi la femme serait distinguée, axée sur son apparence. Je pensais qu’effectivement si les femmes se comportaient de cette manière c’était à cause de ces idéaux qu’on nous imposait.


Cependant, en grandissant je me suis rendue compte que des femmes souffraient également de ces sortes de nouvelles normes en réponses aux premières. Je me suis rendue compte que certaines femmes prenaient réellement du plaisir à prendre soin d’elles, à entretenir leur corps et j’ai compris à quel point elles aussi, elles subissaient des discriminations. Les idéaux tentent de nous dissocier, de nous séparer mais ce qui fait notre unité est que nous souffrons toutes à cause d’eux. Alors j’ai commencé à me demander si la solution ça ne serait pas simplement de trouver la féminité dans chaque femme plutôt que dans des minorités correspondant à des critères.


J’aimerais dire que la féminité c’est être libre, fraîche, intemporelle. J’aimerais qu’on cesse de définir la féminité à notre place et qu’on nous laisse la développer comme on l’entend. J’aimerais dire qu’être femme ce n’est pas être soit Marylin Monroe soit Kate Moss mais les deux à la fois. Que l’on cesse d’utiliser nos corps comme des panneaux de revendication et qu’on commence à vivre dedans.
(conf. un précédent article)




En ce qui me concerne, aujourd’hui je suis femme dans mon corps et j’aime cela mais je ne pense pas pour autant que cela détermine ma manière d’être. Le premier exemple qui me vient en tête est mon apparence, ma manière de m’habiller ; on me dit souvent que je suis assez féminine parce que je porte souvent des robes mais j’ai le sentiment d’en porter simplement parce que j’aime ça plus que parce que c’est féminin. Je fais un peu ce qui me plait, je pioche dans tous les dressings, que cela soit celui de mon petit frère, de ma grand-mère ou de ma mère. Je me rends compte chaque jour qu’il y a des choses, des actions que je considère comme unisexes qui sont masculines pour certains, ne le sont pas pour d’autres…




Je pense que finalement c’est le regard des autres qui nous forge nos concepts de féminité ou de masculinité et qui fait douter de ce que l’on est. Aujourd’hui je suis femme, je suis heureuse d’être une femme mais j’aimerais que mes goûts, mes choix, mes opinions, mes rêves soient entendus comme provenant d’un être humain à part entière et non pas simplement comme provenant d’une femme parmi tant d’autres. J’aimerais que l’on me détermine par mon expérience de vie plus que par mon sexe d'origine.

18/03/2016

Quand la culture ça fait du bien

Pour être tout à fait honnête, j'ai longtemps été quelqu'un d'assez fermé pendant un certain nombre d'années. Quand j'étais dans mes années collèges, j'allais à mon cours de dessin le mercredi après midi et je dessinais en me basant uniquement sur mon imagination. J'étais enfermée dans cette bulle. La photographie m'a aidé à m'ouvrir, à rencontrer des gens, avoir un contact simple avec eux et m'a, je pense, aidé à percer cette bulle. 

Aujourd'hui, cette hibernation culturelle m'a posé parfois quelques problèmes (si on peut appeler cela des problèmes). Je ne connais pas les films cultes, les séries télé pour adolescents et c'est souvent difficile pour moi d'en placer une dans une conversation. Alors, j'ai pu penser que j'avais pris trop de "retard", que "ça n'était pas possible" et je ne savais pas par quoi commencer. 

Pendant longtemps j'ai eu un rapport conflictuel avec les objets culturels parce que je ressentais une sorte de pression de la part de mon entourage et je me rendais compte que je faisais les choses plus pour eux que pour moi. Je me souviens même une fois avoir menti à un garçon dont j'étais amoureuse en lui disant que j'avais lu un livre et passé des heures à fouiller des passages du livre pour avoir une discussion décente avec lui. 

J'ai longtemps été fâchée avec la lecture, sauf à une période où je me suis mise à avoir une frénésie pour Amélie Nothomb vers 14, 15 ans et j'ai du lire une dizaine de livres d'elle avec une facilité hallucinante. Concernant le cinéma, j'ai été pendant une très longue période regarder des comédies françaises infâmes pour accompagner mon frère et ma mère et je crois que cela m'avait plus dégoûté qu'autre chose. Cependant, j'ai rencontré quelques personnes qui m'ont donné envie de me remettre à voir des films. Je me suis mise à faire beaucoup d'expositions aussi avec mon père, je me suis habituée à sortir au minimum une fois par mois pour me cultiver simplement par envie. 

Aujourd'hui, j'ai décidé de partager avec vous quelques petites découvertes cinématographiques pour commencer. Je ferais ensuite peut-être quelques articles sur la musique, sur la photographie, éventuellement la lecture si cela vous intéresse.

J'ai découvert le film Boyhood pendant la première semaine de janvier quand j'étais encore en vacances. Nous voulions le regarder avec des amis mais n'ayant pas réussi à le voir et la bande annonce m'ayant fait assez envie, j'avais envie d'en savoir plus.
Ce qui m'a donné envie de voir ce film, c'est l'originalité de la manière dont il a été crée. Le film a mis 12 ans à être réalisé. Tous les ans, le réalisateur a repris les mêmes acteurs. Nous les voyons ainsi grandir les acteurs dans 'Boyhood', qui, comme son nom l'indique parle de l'évolution d'un garçon de son enfance à la fin de son adolescence.


La première pensée que j'ai eu à propos de ce film est "Est-ce réellement un film?" parce que je n'avais pas le sentiment d'en regarder un. Le film est construit comme une sorte de télé-réalité. Nous avons le sentiment de voir des fragments de vie des personnages presque bruts. Dans la plupart des films que l'on regarde aujourd'hui, il y a comme un fil conducteur, on va d'avantage mettre en avant certain détails plutôt que d'autres pour nous faire comprendre le sens. Or, dans ce film on a l'impression que tout paraît assez linéaire aux premiers abords. On se demande sans cesse "Où est-ce que ça va nous mener?" et finalement, nous sommes perpétuellement face à une suite de petites scènes sans de dénouement clairement énoncé que nous interprétons un peu comme nous le souhaitons selon nos ressentis et notre vécu. Ce film fait réfléchir car on voit que certaines petites scènes qui peuvent paraître anodines par rapport à d'autres plus frappantes nous marquent. Dans ce film, le spectateur peut ressentir les choses avec le degré de sensibilité qu'il souhaite, il ne lui est pas imposé. Dans ce film, la violence montre la violence, la tendresse montre la tendresse et il n'y a rien qui paraît surjoué, porteur de jugement. On peut se faire son histoire.

" - I wish I could use the bumpers...
- You don't want the bumpers, life doesn't give you bumpers."

Je pense ainsi pouvoir dire que j'ai aimé ce film même si c'était une expérience assez spéciale. L'histoire en elle-même est assez ordinaire : l'évolution d'une famille divorcée puis recomposée avec deux enfants, une fille et un garçon. Ce que j'ai aimé, c'était la manière dont j'ai pu m'identifier dans certaines scènes. Les échanges paraissent naturels et ce côté naturel est d'autant plus accentué par le choix de conserver les mêmes acteurs. En fait je ne sais pas si j'ai apprécié le film en lui-même ou simplement ce qu'il m'a amené à penser. Regarder pendant presque 3 heures un film qui nous emmène un peu dans tous les sens est assez difficile. Mais, je sens que justement, comme je l'évoquais plus haut, il laisse la liberté de choisir les scènes qu'on veut suivre, ce n'est pas grave de ne pas tout retenir. Ce film est un petit ovni qui vaut la peine d'être rencontré.

En parlant d'ovni, j'ai également vu Solange et les Vivants d'Ina Mihalache. En plus de s'être adonnée à la vidéo et à l'écriture, elle réalise son premier long métrage. Il est sorti en salle mercredi dernier et j'ai eu la chance de le voir mardi soir en présence d'Ina. Premièrement, je tiens à dire qu'avant de voir ce film j'adorais déjà son personnage et le contenu qu'elle publie sur sa chaîne. Sa "présence" à travers ses vidéos m'a parfois aidé dans la vie. Forcément, je pense que cela a eu un impact sur mon avis. Si vous aimez sa chaîne, vous aimerez le film je pense.


Je suis allée voir ce film avec ma mère qui ne connaissait pas du tout le personnage d'Internet et qui l'a donc découvert à travers le film (qui a donc un avis plus objectif que le mien je pense). Je pensais sincèrement que le film allait l'insupporter à cause par exemple de la diction d'Ina qui fait que soit on accroche, soit pas du tout. Finalement, ma mère a trouvé le film "pas mal" et "intéressant". J'ai beaucoup aimé le fait que ma mère soit présente parce que le personnage de Solange traite de la solitude, de la volonté d'avoir le contrôle de son temps et de son espace et je me reconnais beaucoup là-dedans. Ce sont des raisons pour lesquelles j'ai toujours été assez indépendante même dans ma manière de me comporter chez moi avec elle et j'aimerais avoir mon espace.

Je pense que cette transposition du personnage de Solange te parle au cinéma nous met dans d'autres conditions que devant notre écran d'ordinateur sur Youtube. Sur Internet on cherche du consommable. On va souvent sur Youtube parce qu'on s'ennuie plutôt que pour réellement se dire "tiens je vais découvrir quelque chose" même si cela en découle. Ainsi, dès qu'on trouve quelque chose qui traîne un peu on va quitter la page et tout sera terminé.
Quand on s'est déplacé au cinéma, qu'on a payé, on fait rarement ça à moins que la chose nous insupporte énormément. Honnêtement, je pense que si j'avais montré les vidéos à ma mère avant qu'elle la voie, elle n'aurait pas voulu, elle m'aurait dit "Oh arrête ça".

" La vie peut être absolument épanouissante dans la solitude tant que le corps ne manifeste aucune résistance. "

Ce que j'ai beaucoup aimé dans ce film, c'est qu'on s'identifie beaucoup à Solange, on ressent ce qu'elle ressent dans le film et on n'établit pas cette distance comme sur Internet en pensant "Oh elle est bizarre cette fille". J'aurais beaucoup aimé comme ma mère découvrir le film avant de la découvrir elle d'ailleurs, je pense que je l'aurais appréciée encore plus.
Pour parler un peu de la construction du film en lui-même, elle est assez originale. Le film est organisé en chapitres comme dans un livre avec des intertitres avec toujours la présence d'un petit objet qui représente un personnage. Les objets sont quelque chose d'extrêmement important tout au long du film et je vous invite, si vous le voyez, à y faire bien attention.
J'ai aimé ce film parce qu'il est vraiment très léger. Souvent, j'ai peur quand je vais au cinéma de devoir me prendre la tête, de devoir retenir les choses et là, on a pas besoin. Après, peut être que justement ce côté pas très narratif à certains moments peut déranger certains qui s'attendent à voir un film comme un autre. Moi je m'attendais juste à voir Solange alors ça ne m'a pas choquée et j'ai même été agréablement surprise. Le seul petit bémol que je lui reprocherais est qu'il est un peu court (1h07) et j'aurais peut être aimé si je ne connaissais pas le personnage plus d'introspection. Mais, quand j'y pense, c'est fou toutes les choses qu'elle nous raconte en si peu de temps.

L'autre originalité de ce film est qu'il n'y a quasiment que des plans fixes. Ce que j'ai adoré, c'était dans certaines scènes où on ne voyait pas où les personnages allaient clairement, comme pour réserver une sorte d'intimité aux personnages et ainsi ajouter un côté mystérieux, des non-dits. Je n'ai rien à dire sur la photographie qui est tout simplement superbe. La musique, n'en parlons pas. Je trouve que rien que le thème de Solange la représente merveilleusement bien. Puis, je dois avouer que je la trouve magnifique dans ce film mais ça bien évidemment c'est très subjectif. Je ne pense pas que cela soit pas volontaire de sa part mais je l'ai un peu perçue comme "la fille qui n'a pas voulue paraître jolie mais qui me fait l'honneur de l'être sur grand écran".

Que vous connaissiez Solange ou ne la connaissez pas, je vous invite à aller le voir. Je pourrais insister en ajoutant qu'elle a eu énormément de mal à le diffuser mais rien que le contenu du film se suffit à lui-même pour vous apporter un bol d'air frais bien précieux dans votre semaine.

Si vous ne connaissez pas Solange te parle sur Youtube, voici quelques vidéos que je vous conseille de regarder.





Enfin, je ne pouvais pas vous parler de films sans vous parler du film qui a été un plaisir pour mes yeux et pour mon coeur, Mustang. Je l'ai regardé début janvier, toute seule devant ma télé à 1h du matin avec mon petit chien qui le regardait avec moi, il aime bien dès fois. Mustang est un film franco-turc sorti en 2015 qui a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes et qui a reçu l'oscar du meilleur film étranger. Ce film a été réalisé par une femme d'origine turque qui habite maintenant en France et est son premier long métrage.
Pour être tout à fait honnête, la raison qui m'a poussé à le voir, c'était toutes ces personnes qui le décrivaient comme un "Virgin Suicides à la turque". Il faut savoir que Virgin Suicides de Coppola, film que j'ai vu il y a 3 ans m'a énormément marquée tant par son esthétisme que par son mystère. J'ai d'ailleurs commencé à lire le roman original de Jeffrey Eugenides dont j'ai eu la chance d'étudier des extraits sublimes en classe de littérature.

Dans ce film, on retrouve en effet un esthétisme proche, des thèmes communs comme la liberté, la féminité ou l'oppression sociale. Cependant, dans ce film vous ne retrouverez pas cette dimension gothique et mystérieuse de Virgin Suicides mais tout autre chose. Ce film traite un réel problème de fond qui est clairement évoqué ne serait-ce que dès la première scène du film.
Le film traite de l'histoire de quatre soeurs qui auraient entre 11 et 17 ans je dirais. Le point de départ du film est la première scène (elle est présente dans le générique, je ne vous spoile rien) où on voit les filles rentrer de l'école et jouer avec les garçons sur la plage. Elles vont dans l'eau avec eux, mouillent leurs vêtements et montent sur leurs épaules. En rentrant de l'école, leur grand mère a honte de leur comportement qualifié comme obscène selon elle et le restant du village. Elles se voient ainsi être quasiment enfermées chez elle, forcées de porter certains vêtements. On comprend dans le film que la grand mère essaie comme de préserver ses filles "souillées" pour qu'elles puissent se marier dès l'âge adulte.


Dans le film, il y a un seul narrateur, la plus jeune de la fratrie, Lale. J'ai vraiment adoré ce personnage. On peut penser que comme elle est la plus jeune, elle peut-être présentée de manière assez fébrile mais bien au contraire. Elle est celle qui entraîne ses soeurs tout au long de l'histoire. Elle se montre forte, courageuse et c'est assez rare de voir un rôle féminin aussi important. J'ai adoré ce contraste entre cette voix à la fois brave et innocente et la dureté des faits racontés. Cela apporte beaucoup d'émotion à ce film.

Le film est rythmé par le mariage des jeunes filles. Tout au long du film, on entend Lale qui nous raconte le mariage de ses soeurs les unes après les autres et qui sent son tour s'approcher. On les voit courir, tenter de se libérer comme des animaux sauvages qui ne veulent pas se laisser apprivoiser et cela nous fait sourire et pleurer en même temps.
Concernant l'esthétisme du film, j'ai été extrêmement touchée. Il y a beaucoup de douceur dans les images, dans la lumière. J'ai quelques personnes qui m'ont dit que les images leur avait fait beaucoup penser à David Hamilton qui a réalisé beaucoup de portraits féminins très doux. En cela, on peut rapprocher en effet le film à Virgin Suicides. Il y a une sensualité sublime dans ce film et une tendresse manifeste entre les soeurs.

"Si tu comptes me marier avec qui que ce soit d'autre, je hurle."

Cependant, je pense qu'avec le recul je préfère Mustang parce que je trouve qu'il est plus poussé, émouvant et abouti. Le message féministe derrière ce film m'a beaucoup plu. C'est un film réalisé par une femme, raconté par une fille, qui met en avant des filles fortes qui ne sont pas là simplement pour être jolies mais qui essaient d'agir. Dans Virgin Suicides, le point de vue des garçons voisins est intéressant mais présente peut-être plus les filles comme des objets d'admiration par leur beauté et leur apporte un côté chétif, une psychologie peu poussée.

Mustang est un chef d'oeuvre sur tous les points selon moi que je conseille réellement à toutes et à tous de voir. C'est loin d'être un film  niais avec de jolies filles, il est bien plus que cela. Il nous fait passer par beaucoup d'émotions et ne nous laisse pas indifférent. Personnellement, il m'inspire beaucoup.

Je me rends compte qu'avec trois petits films j'ai réussi à parler énormément et c'est ainsi que s'achève cette parenthèse culturelle. Ca m'a fait du bien. J'ai tendance à construire mon avis sur mon ressenti et mon vécu donc je ne pense pas que j'aurais été capable de donner mon avis sur Allociné ou Sens critique parce qu'il n'est sûrement pas très objectif. Enfin, vous me direz, aucun avis ne l'est. J'espère que cela vous aura donné envie de voir ces films, donnez moi vous aussi vos avis si vous les avez vu, cela m'intéresse. A très vite!

04/03/2016

Le pays des images

Je me rends compte que sur ce blog je parle beaucoup de mon activité en photographie derrière l'appareil mais jamais devant celui-ci. Remédions-y ensemble. Depuis presque trois ans, je me suis mise à poser, au début un peu par hasard. Comme je l'ai déjà dit dans de précédents articles, la photographie m'a fait rencontrer pas mal de jeunes photographes qui sont devenus des amis. Mais, qui dit être amis avec des photographes dit devenir le cobaye de leurs expérimentations artistiques bien entendu. Finalement, après plus de vingt expériences aujourd'hui, je déduis que j'y ai pris goût.  

Robin Voisin - Black Snow & Blue Sun - Adèle Cochard - Ark Us - Cyrielle Esnault
Anaïs D. - Maéva Lecoq - V.L. Art Photo - Amandine Adrien - Marie Meister
Solène LGP - Rocambole Photographies - Cyril Lescot - Zoé Cavaro - JBL Photographie
Barrow - Guena Photographie - Céline N. - Fragments de temps - Victoria B. 
Ca me fait bizarre de me qualifier réellement de 'modèle' car par 'modèle' les gens entendent souvent 'mannequin'. Hors, je sais très bien que mon physique ne correspond pas aux codes du mannequinat. Pourtant, je ne devrais pas me poser cette question aujourd'hui car 'modèle' désigne tout simplement l'activité de poser quel que soit son physique. Parfois, je me rends compte que j'ai moi-même d'avantage posé que certains de mes modèles se revendiquant l'être alors je me dis que je devrais peut être me lancer.

Le fait de poser est pour moi une part importante du travail personnel que j'essaie d'établir avec mon image. Pendant un long moment et toujours un peu maintenant, je me suis demandée quelle image j'étais capable de renvoyer aux gens. Au début, c'était une angoisse parce que je n'aimais pas la manière dont les gens me voyaient, j'avais envie de m'excuser d'exister à leurs yeux, je m'insupportais. Avec le temps, j'ai appris à l'apprivoiser en prenant l'habitude d'être prise en photo et par la suite, de me prendre moi-même en photo. Je pense que je peux dire aujourd'hui que j'ai appris à me ficher de l'image que renvoie mon visage puisque j'ai appris, avec l'expérience, qu'un mauvais cliché ne signifiait pas laideur, stupeur et horreur. J'ai des photographies de moi où je me trouve laide et ça ne m'empêche pas de les conserver sans avoir envie de les brûler. Pour être honnête, ce qui me dérange aujourd'hui ce ne sont plus les images où je suis laide mais presque les images où je suis 'trop' jolie parce que je ressens le travail sur Photoshop derrière. Je préfère diffuser une grimace horrible capturée avec mon téléphone qu'une photo de studio où ma peau a été trop lissée pour refléter la réalité.

Pour illustrer mon propos, il me semblait indispensable de vous parler d'une exposition que j'ai vu au début de l'année à la Maison Européenne de la Photographie à Paris, lieu que je recommande vivement. L'exposition dont je veux vous parler s'intitule 'Like me' et a été réalisée par Stéphane Gizard, un jeune photographe français.

Cette exposition regroupe une série de portraits un peu expérimentaux qu'il a effectué dans son studio. Le concept est simple, mais très intéressant. 
Dans un premier temps, le photographe place une tablette avec une caméra frontale devant son objectif et demande au modèle de se coiffer, se positionner comme s'il faisait un selfie avec celle-ci, puis, il prend la photo. Ensuite, il retire la tablette et place le modèle comme lui le souhaite, le recoiffe, le décoiffe, lui indique l'expression qu'il veut puis, prend une seconde photo. Enfin, le photographe réunit ces deux photos en un dyptique. 
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stephane gizardLike me
Like meLike me
(Retrouvez la série entière ici )

Je trouve que ces images fortes car elles mettent en avant de manière plus ou moins subtile le fait qu'une tête un peu redressée, des cheveux plus décoiffés ou un sourire peuvent changer l'impression que nous donne la personne. Certains peuvent tantôt apparaître plus doux, sensuels, chaleureux  sur une image puis plus froids sur l'autre. Sur ces dyptiques, on peut ainsi voir une différence entre la manière dont les modèles se perçoivent eux mêmes et la manière dont le photographe les perçoit. Quand j'ai vu cette exposition avec mon amie, nous nous amusions à dire sur chaque dyptique quelle vision du modèle nous préférions chacune et c'était intéressant de constater que nous n'étions pas toujours d'accord.

Si j'ai beaucoup aimé cette exposition et que j'avais envie de vous en parler, c'est parce qu'elle exprime pourquoi j'aime la photographie de portrait. Je trouve cela fascinant de pouvoir interpréter un visage comme on le souhaite, mettre certains détails en avant, l'incorporer dans un univers particulier. J'essaie de travailler en tant que photographe mais aussi bien en tant que modèle sur cet aspect-là.

Robin Voisin
A chaque fois que je démarre un nouveau shoot en tant que modèle, je prends ça comme un jeu. Je me sens comme une actrice qui arrive sur un plateau à qui on demande d'oublier sa vie pendant deux heures. Je me laisse guider puis, petit à petit, je prends part au jeu et j'essaie de lâcher prise.
Quand je regarde ce petit montage avec ces photos pour lesquelles j'ai posé, je me rends compte que celles où je m'apprécie le moins, ce sont celles ont j'ai eu du mal justement à avoir ce lâcher prise soit parce que j'étais simplement trop crispée ou parce que le photographe me guidait trop pour que je puisse me sentir libre de mes mouvements.
Barrow.
Sur ces photos comme sur celles de Stéphane Gizard, on peut voir à quel point la pose, la manière dont sont coiffés mes cheveux, le point de vue du photographe, le regard que je porte vers la caméra (ou non), l'ambiance dans laquelle je suis mise en scène influent sur l'image que je renvoie. Sur certaines photos, je trouve que je m'apparente à une enfant tendre aux grands yeux innocents et sur d'autres, à une femme avec plus de sensualité au regard subtil, moins brut. Ce sont ces deux aspects qui ressortent le plus dans les photographies qu'on a pu réaliser de moi et qui je le sais, sont en conflit constant à l'intérieur de moi-même. Comme je l'ai évoqué dans un précédent article où je parlais du vêtement, j'aime bien jouer sur l'âge que je peux renvoyer aux gens. Cela m'amuse quand on me dit "Non c'est pas possible je pensais que tu avais 23 ans" à cause de certaines photos de moi postées sur Internet. En réalité, je chéris aussi bien mes robes dos nus, ma lingerie, mon rouge à lèvres que ma robe avec des rennes de Noël et mes chaussures à fleurs multicolores. 

La pratique de l'autoportrait me permet également de continuer ce travail avec moi-même, d'avantage axé sur le rapport à mon corps. Je me sens pour l'instant plus confortable avec le fait de mettre moi-même en scène celui-ci, je me sens libre. La relation de confiance devient d'autant plus importante (et d'autant plus belle) pour ce type de photographie. Mon corps et moi, on a comme signé un pacte : "D'accord, je veux bien apparaître sur tes photos Clémence mais ne me maltraite pas." Je pense que j'aurais peur qu'un photographe fasse ressortir les choses que je n'aime pas, que j'aie trop honte de moi-même.
Je pense aussi que cette 'sélection' plus restreinte des modèles féminins jugées plus aptes à poser dénudées que les autres m'oppresse un peu. J'ai l'impression que ça revient un petit peu à sous-entendre aux autres "D'accord, je veux bien te prendre en photo mais juste ton visage s'il te plait.". Puis, j'avoue être assez déçue de constater que, quand j'ai la chance de voir de rares images de femmes rondes dénudées, elles sont obligatoirement accompagnées de textes prônant leur courage, leur pseudo 'différence' qui les rend belle ; ces textes mielleux souvent accompagnés d'un suivant post d'une fille type mannequin avec une légende "C'est pour vous messieurs, elle est parfaite.". Dégoûtant. Je trouve ça tellement dommage de négliger tout cet aspect qu'offre la photographie en photographiant d'emblée une fille qui a une image qui correspond aux critères de beauté actuels, qui va forcément renvoyer une image attrayante et sensuelle à la majorité que de travailler avec n'importe quel corps et exprimer une multitude de choses. 

Ce travail personnel aussi bien effectué par ces photographes que par moi-même m'a appris énormément pour réaliser mes portraits. J'essaie au maximum de mettre mon modèle en confiance, de lui montrer que je ne suis pas là pour mettre à mal son image. Je souhaite mettre en valeur son visage à ma manière, tout en respectant son jugement et lui laissant un minimum de liberté sur mes clichés. Quand je pose, je remarque que je prends beaucoup de plaisir à faire des suggestions, ne pas rester passive et je tente de susciter cela chez mes modèles. Un modèle heureux, épanoui sera toujours plus beau selon moi qu'un modèle crispé, respectant méticuleusement mes consignes. 

La photographie, monde qui apparaît aux premiers abords comme un monde d'apparence et de tailles 34, s'avère être un monde où on apprend à se laisser guider, prendre confiance, tisser un lien avec celui qui nous photographie. J'ai d'ailleurs le sentiment que plus le lien est fort, plus l'image est belle. Je suis extrêmement touchée quand certains de mes modèles me disent qu'ils se sentent particulièrement beaux sur mes clichés. On ressent une douceur, une force, une tendresse chez l'autre au fur et à mesure des clichés et on s'abandonne. 
Finalement, ce rapport modèle - photographe se transpose parfaitement dans le rapport que nous avons les uns les autres. Parfois, quand on rencontre une personne on ne la trouve pas forcément belle physiquement puis on ressent une petite détresse dans ses yeux, une candeur dans son sourire et on la trouve mille fois plus belle qu'avant, sans parfois pouvoir vraiment l'expliquer.

03/02/2016

Chinon CX II

Depuis mai dernier, je me suis mise très sérieusement à l'argentique. Cette pratique m'intéressait déjà depuis quelques mois auparavant, voyant quelques amis s'y exercer mais je ne pouvais encore en faire, n'ayant pas mon propre appareil. 
Tout a commencé un après midi, alors que je fouillais dans le grenier chez mes grands parents, j'ai trouvé une boîte avec un appareil argentique, trois objectifs et pas mal de pellicules périmées. Mon grand père, en voyant ma trouvaille m'a dit un peu innocemment "Prends tout. Moi maintenant j'ai mon appareil photo numérique." J'ai alors traîné cette lourde sacoche jusqu'à chez moi, sans vraiment savoir comment me servir de son contenu. Ma mère ainsi que quelques amis ont su répondre à toutes mes interrogations concernant la pellicule, la manière dont il fallait la mettre, la pile de l'appareil... J'ai pu alors commencer à faire quelques tests, parfois assez hasardeux il faut le dire. J'ai cramé quelques pellicules, activé la double exposition sans faire exprès, pris des photos floues. Cependant, malgré toutes ces péripéties, aujourd'hui je maîtrise mieux cet appareil et c'est devenu mon compagnon le plus fidèle. Je sors rarement sans le glisser dans mon sac, à l'affût du moindre instant à capturer. J'ai l'impression que cela m'a permis de voir la photographie d'une toute autre manière. Capturer ces instants, les oublier puis les redécouvrir. Parfois capturer moins d'instants pour sélectionner les meilleurs. Même pour ceux qui ont pu poser pour moi, ça a été un changement je pense. Poser pour quelqu'un, ne pas savoir ce que cela va donner durant des semaines, attendant que je finisse ma pellicule pour découvrir le résultat. 


Ce matin, j'ai appris que celui qui m'a légué cet appareil nous avait quitté. Je songeais déjà depuis un moment à faire un article concernant mon entrée dans la photographie argentique mais il me semble d'autant plus important maintenant de le faire. Je ne sentais pas de continuer à poster toutes ces photos qui m'apportent tant de bonheur sans parler de celui qui m'a indirectement apporté celui-ci. 
C'est tellement fort, encore plus aujourd'hui de tenir cet appareil entre mes mains. Savoir qu'il a servi à faire de vieilles photos de famille, que ma mère s'est était servi étant jeune pour prendre son cheval en photo, photos qui tapissent des albums dans les placards chez moi. Et puis, savoir que cet appareil je le garderais peut-être toute ma vie, qui sait et je le donnerais à mon tour à quelqu'un. On parle beaucoup d'une mort de la photographie argentique et je me sens presque comme privilégiée de maintenir en vie cet appareil. 

J'entends souvent dans la bouche de mon entourage que l'argentique c'est "stylé", c'est "à la mode". Pour moi, ça a une valeur esthétique mais surtout une valeur sentimentale. 

Je souhaite en 2016 et pour la suite travailler d'avantage avec l'argentique, construire des projets plus poussés, puiser encore plus dans la richesse que m'offre cet appareil. 

Voici quelques photographies, quelques fragments de 2015 et début 2016. 

Noël 2015 - Papy fait une sieste pendant l'apéro
31 juillet 2015 - Les serres du Jardin des Plantes avec Anselme et Robin
27 juin 2015 - Pique-nique au Jardin des Plantes avec Elsa
Mi-juillet 2015 - Ma mère s'émerveille devant la beauté des roses de l'Abbaye de Fontevraud
Juillet 2015 - Anselme visite le parc du château à côté de ma maison
Juillet 2015 - Un inconnu, Félix joue du piano dans la gare de Nantes

Noël 2015 - Ma petite cousine Jade toute fière avec son cadeau
31 juillet 2015 - Robin me dessine dans le carnet d'Anselme
Août 2015 - Marie part à la cueillette des framboises
Août 2015 - Les filles et moi à Bordeaux Lac, toutes vêtues de rouge à notre surprise
29 juillet 2015 - Anselme regardant le paysage après avoir quitté nos amis à Nantes

Septembre 2015 - Une femme en pleine lecture à la librairie Galignani, Concorde
31 octobre 2015 - Inès la superbe dans la rue Crémieux
Mai 2015- Laurielle s'émerveille devant la multitude de fleurs du Parc Floral
31 octobre 2015 - Petite ballade nocturne au Lac Daumesnil avec la jolie Marie que je rencontrais pour la première fois
Juillet 2015 - Zoé dans les fleurs de Nantes 

Décembre 2016 - Un câlin qui finit par terre à la Gare de Bercy 
Mai 2015 - Marine dans les hortensias en fleur du Parc Floral
Août 2015 - Un couple se disant au revoir avant le départ du train Bordeaux - Paris
Août 2015 - Véronique le sourire aux lèvres dans les rues de Bordeaux avec sa glace
2 janvier 2016 - Robin me fait découvrir son chez lui


Juillet 2015 - La famille réunie à La Haye Fouassière, the place to be
Pour en voir plus, vous pouvez consulter ma galerie argentiqueICI.

13/12/2015

1/8

Je sais pas pourquoi mais en ce moment, j'aime bien t'écrire. D'ailleurs, n'hésite pas à me répondre, réagir à propos de ce que j'écris, ça m'intéresserait de savoir. 

Je me pose énormément de questions en ce moment à propos de tout un tas de choses. A propos de la photographie, de l'art en général et surtout du message que j'ai envie de faire passer à travers tout ça. 
En fait, je me rends compte que ce qui m'intéresse le plus dans la vie c'est créer et partager, peu importe la forme que cela prend. En l'occurrence, la photographie me permet de m'exprimer, de partager ma passion avec ceux qui voient mes photos, ceux qui posent pour mes photos mais, j'ai toujours l'impression que tout cela n'apparaît que comme une façade.

Nous sommes bercés par les images quotidiennement, que ce soit la publicité qui apparaît sur notre fil d'actualité quand on allume notre portable ou l'affiche de cinéma collée sur notre arrêt de bus. Alors, pourquoi les gens s'arrêteraient devant mes images plus que devant d'autres? Je ne veux pas dire par là que cette situation doit me pousser à créer des images plus frappantes, plus choquantes pour attirer l'oeil. Ce que je veux dire, c'est que même en essayant de créer quelque chose avec beaucoup de coeur, je me fonds dans la masse. Je suis cette photo que tu défiles rapidement avec ton pouce dans ton fil d'actualité, je suis cette énième photo où apparaît une jolie fille, je suis cette photo prise avec un "appareil qui fait de jolies photos". 

C'est dur de savoir que parmi un flot d'images, ton impact n'est que de quelques fragments de secondes pour quelqu'un. Pour cette raison, je m'interroge et je me demande de quelle manière je peux avoir plus d'impact sans tomber dans la provocation, l'extravagance : simplement rester moi-même. 

C'est peut-être pour ça que j'aime t'écrire d'ailleurs, toi qui a tenu bon jusqu'à ce paragraphe. Je viens de faire un lapsus en écrivant "pour toi que j'aime écrire" tellement j'y pensais fort. En écrivant sur ce blog, je ne me sens pas imposée à toi. Je sais que tu as choisi de me lire et c'est tellement bon comme sentiment de savoir qu'on est lu par quelqu'un qui a choisi. 

Je me suis aussi demandée si ça serait bon que je me lance sur Youtube. Je me suis déjà lancée en quelque sorte en postant des petits montages de vidéos de vacances mais je songeais plutôt au face caméra qui est un exercice bien plus périlleux je pense. C'est sûr que sur Youtube, j'aurais peut être plus de chance d'être vue que sur Facebook qui réduit la visibilité de mes publications. Mais, en même temps, j'ai peur de me perdre dans mes paroles, mes pensées. Tu vois, rien qu'en écrivant ce petit article je me suis perdue trois fois.
Par ailleurs, je me dis que peut être qu'en parlant face caméra, je pourrais t'atteindre parce que je ne serais pas qu'une image pour toi. 

En ce moment, je poste peu sur ma page parce que je me rends compte que ça me fait plus de bien d'avoir des images à moi plutôt que de les envoyer dans un brouillard d'images où elles seront perdues, à peine effleurées du regard.

En prenant toutes ces photos, j'ai pu tomber amoureuse, j'ai regardé ses yeux noisette s'étreindre dans la lumière du soir, ses cils scintiller, j'ai vu ses yeux tremblants dans le miroir, ses dizaines de grains de beauté sur ces bras, j'ai vu ses regards timides qui m'ont lâchés des "Attends. Attends, recommence j'étais laide.", j'ai vu les rires, les bras s'enlacer les uns sur les autres, la tendresse, les mots somptueux, j'ai admiré ces yeux qui ont fait pleurer les miens quand je ne pouvais plus les voir, j'ai frémit en regardant s'esquisser son sourire, j'ai observé ses mains trembler me hurlant "J'ai peur, rassure moi", j'ai vu son regard qui avait peur du mien. J'ai ressenti toutes ces choses qui représentent pour moi plus d'un fragment de seconde.
  

02/12/2015

Dépouillée

J'avais envie de vous écrire. Je sais pas si cet article aura vraiment un but, je répète sûrement des choses que vous avez du entendre des millions de fois mais, j'avais envie.

J'ai toujours trouvé que la photographie de nu était quelque chose de complexe mais de très beau. Complexe de confier son image, sa confiance à quelqu'un et beau parce que je trouve le corps nu  beau et cette relation de confiance tout aussi belle.

Sur ma page, en février, j'ai pu publier des nus que j'avais réalisé avec des amies. J'en étais très fière. C'était la première fois que j'en faisais et ça faisait longtemps que je voulais en faire mais je n'osais pas franchir le cap. Je me posais mille questions : Comment? Avec qui? Est-ce que je serais à l'aise? Puis, il faut dire que j'ai rencontré ces deux filles qui y étaient habituées et ça m'a mis tout de suite très à l'aise, toute cette gêne est partie à une vitesse folle. D'ailleurs, j'étais vraiment heureuse de voir des réactions positives sur ma page car faire du nu est quelque chose qui me tient très à coeur.

Après avoir publié ces photographies, ma mère m'a incendiée en allant sur ma page Facebook, m'a dit que je devais avoir honte, que je devais absolument tout supprimer de mon ordinateur, qu'elle en informerait mon père. Paniquée, j'ai supprimé mes photos des réseaux sociaux mais les ai gardées dans mon ordinateur. Ça m'a énormément frustrée parce qu'elle m'a fait comprendre que j'avais fait quelque chose de mal alors que je n'y avais jamais vu de mal. J'avais l'habitude de voir du nu chez des photographes que je suivais. Au début, elle m'a parlé d'une question d'autorisation de publier les photos et j'aurais pu le comprendre mais je sentais dans ses propos que c'était juste un prétexte. Elle m'en a reparlé plus tard, bien devant mon frère pour montrer "regarde, ta grande soeur ce qu'elle fait" et a évoqué que si j'avais pris ces photos, c'est que j'aurais eu une relation sexuelle avec ces jeunes filles. (Après, peut être qu'elle avait peur que je soie lesbienne, mais là est un autre sujet)

C'est là que je veux en venir, à la sexualité. Pourquoi un corps nu, ton corps nu,le corps nu d'autrui implique un relation sexuelle? Pourquoi on pourrait pas être nu juste pour nous, parce qu'on a envie, qu'on se sent bien et forcément pour quelqu'un d'autre? De la même façon, est-ce qu'on porte un habit pour nous ou un habit pour l'autre?

Moi, je me sens bien nue. J'ai envie de photographier des gens nus parce que j'aime ce rapport complexe qu'entretient chacun de nous avec la nudité. 
Le vêtement à la fois un refuge et une hantise. Il reflète ce que l'on est mais reflète aussi les autres d'une certaine manière. On se cache, on peut déguiser. Alors, forcément, lorsque l'on est dépouillé, on n'a d'autre choix que d'être soi. C'est ça qui crée une unité. La nudité, c'est un peu notre uniforme à tous. Elle est là, la crainte.

Moi, je me trouve belle nue. Quand je suis habillée, j'ai l'impression que mes vêtements me boudinent, cassent mes formes. En rentrant des cours, tout ce que j'attends c'est pouvoir déboutonner ce pantalon qui m'opprime, dégrafer ce soutien gorge qui me fait mal dans le dos.
Enfin, bien au delà d'une sensation de confort suprême et des questions pratiques, c'est tout simplement l'habit dans lequel je me sens le mieux, dans lequel je me sens moi. Alors oui, il peut m'arriver d'être nue, d'être en sous-vêtements devant des personnes qui ont un rapport simplement amical avec moi et ça ne fait pas de moi une fille qui cherche à attirer l'attention, susciter le désir de l'autre. Cela fait simplement de moi une fille qui se sent bien dans son corps et qui n'a pas honte de le cacher. 


J'ai pu vous en parler dans un article précédent mais je n'ai pas toujours été une fille très fière de son corps. Quand j'étais jeune, ma mère m'emmenait voir une nutritionniste, me disait que j'étais un bibendum. Beaucoup de gens au collège m'appelaient "la grosse moche". Je portais des jeans skinny pour suivre un peu les gens de mon collège et ça ne faisait que mettre en valeur ce corps qui m'attirait des choses négatives. 
Puis, j'ai eu comme une révélation quand j'ai commencé à porter des robes. Ma taille était marquée mais mon ventre, mes cuisses étaient libres comme l'air. Le vêtement flatteur et incroyablement confortable, que demande le peuple? Je me suis vite mise à porter des robes avec des petites fleurs partout, pas vraiment parce que c'était la mode (enfin le fait que ce soit la mode m'a sûrement aidé à en trouver beaucoup) mais surtout parce que ça me rendait heureuse. Alors, on a commencé à m'associer au style vintage (c'est très vague vintage au final) et à me dire "Ah Clémence, la fille à la peau blanche et aux robes à fleurs sortie des années 50". Il y a un an et demi, j'ai eu un ras le bol de mes cheveux longs et j'ai coupé aux épaules puis de plus en plus court, jusqu'à arriver à la nuque.
 Depuis lors, on m'associe encore plus à la fille des années 50. J'avoue que ce n'était pas forcément volontaire à la base, c'est plus le résultat étonnant d'une recherche de confiance en soi.
C'est assez bizarre quand je me dis que je suis passée du stade de petite fille aux cheveux longs cachée derrière sa doudoune et son jean serré à jeune femme aux cheveux courts bouclés, qui porte des robes avec des énormes fleurs (même des chaussures avec des fleurs maintenant) et qui assume ses jambes, ses fesses, son ventre.

En grandissant, quand on commence un peu à se cultiver, on comprend qu'on est pas obligé de s'identifier à Cara Delevigne mais qu'on peut aussi bien d'identifier à la Vénus de Botticelli, à la fameuse Marilyn, aux femmes des tableaux d'Ingres... Mais quand on est jeune, on s'en rend pas forcément compte, et c'est bien dommage.

Tout cela pour dire que, je ne considère pas le vêtement comme un ennemi. C'est plus complexe que cela. Le vêtement fait parfois du mal mais, aide à construire ce que l'on est. Si aujourd'hui je peux me débarrasser du vêtement, c'est un peu grâce à lui.

Aujourd'hui je publie des autoportraits de moi nue sur Internet parce que c'est comme une étape finale de la réconciliation de mon corps et moi, ça me fait du bien. Quand je regarde ces photos, je trouve que cela me ressemble. Et avant tout, parce que c'est mon choix.

Et vous, ça se passe comment?